
ALABAMA
Le 15 septembre 1963, quatre fillettes étaient tuées dans un attentat raciste du Ku Klux Klan visant une église noire à Birmingham en Alabama dans le sud esclavagiste du pays. John Coltrane écriva ce morceau « Alabama ».
« L’interprétation enregistrée d' »Alabama » est étonnamment lente, dense, triste, émouvante, et d’une très grande beauté. La colère rentrée se transforme en chant funèbre d’une incroyable intensité. John Coltrane nous fait partager le sentiment de révolte qui gronde en lui, mais qui reste contenu comme s’il allait imploser. L’émotion est d’autant intense que le morceau est court, à peine plus de cinq minutes, mais elle est l’expression de la sensibilité exacerbée d’un John Coltrane très triste et très digne dans la douleur. Jamaais le chant du saxo n’avait été aussi beau et poignant en même temps. Il est l’expression d’une vraie souffrance. Cette interprétation est construite avec la rigueur d’une petite suite. Dans un premier temps, le saxo de John Coltrane s’élève très lentement comme s’il pleurait, avec une infinie tristesse, accompagné du seul McCoy Tyner qui utilise son piano de façon percussive pour accentuer la dimension tragique. Puis la rythmique de met alors en marche sous l’impulsion d’Elvin Jones, et elle vient soutenir John Coltrane qui développe son état d’âme dans une mélodie lancinante et sombre, et dont la dimension tragique est accentuée par l’archet de Jimmy Garrison. »Alabama » est non seulement unchef d’oeuvre, mais c’est une véritable musique de l’âme qui devrait être aussi connue que « My Favorite Things » ou « A Love Supreme ». » Extrait du livre de Jean Francheteau « John Coltrane, la décennie fabuleuse » aux éditions l’Harmattan.
